On rapporte une anecdote concernant la vie de Von Neumann, grand mathématicien américain de ce siècle.
Comme tout personnage reconnu doté d’un génie hors de la norme, notre sympathique savant s’efforçait de ne consacrer aux activités journalières qui nous préoccupent tous qu’un minimum d’attention, qui tendait vers 0 lorsque « t » tendait vers l’infini.
Il arriva un jour qu’il devait déménager, sa femme ayant géré toute l’opération depuis son début, tint à indiquer à notre savant cosinus l’adresse de leur nouveau home sweet home : elle la nota soigneusement sur un bristol qu’elle glissa dans la poche droite de son savant logarithme de mari. L’égérie du génie laissa son protégé au matin non sans lui rappeler qu’il quittait cette maison pour toujours.
Mais ce qui devait arriver arriva, et c’est là que les athéniens s’éteignirent. Une géniale idée traversa le génial cerveau du génial savant. La saisissant au vol, le savant exponentiel la nota sur un bout de papier qui traînait dans sa poche droite. Mais après avoir nettoyé ses lunettes, la géniale idée devint bête comme choux et le papier la supportant finit sa trajectoire parabolique dans une corbeille heureusement placée.
Le soir venu, notre hyperbolique savant quitta son travail et rentra chez lui. Comme vous l’avez tous deviné, il trouva porte close. En plein désarroi, il accosta une petite fille qui jouait à la marelle sur le trottoir.
- Dis-moi petite, je suis Monsieur Von Neumann, j’habitais ici, est-ce que tu sais ou j’habite ?
- Oui papa, maman m’a dit de venir t’attendre ici.
La liaison entre ces deux géants littéraires dura deux ans, et fut l’occasion d’une correspondance aussi fournie que savoureuse.
La lettre de George Sand, en apparence innocente, est à relire en ne tenant compte que d’une ligne sur deux. Pour la réponse d’Alfred de Musset, elle est à relire en ne prenant que le premier mot de chaque vers.
George sand :
Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j’ai
Bien compris l’autre jour que vous aviez
Toujours une envie folle de me faire
Danser. Je garde le souvenir de votre
Baiser et je voudrais bien que ce soit
Une preuve que je puisse être aimée
Par vous. Je suis prête à montrer mon
Affection toute désintéressée et sans cal-
Cul, et si vous voulez me voir ainsi
Vous dévoiler, sans artifice, mon âme
Toute nue, daignez me faire visite,
Nous causerons et en amis franchement
Je vous prouverai que je suis la femme
Sincère, capable de vous offrir l’affection
La plus profonde, comme la plus étroite
Amitié, en un mot : la meilleure épouse
Dont vous puissiez rêver. Puisque votre
Âme est libre, pensez que l’abandon ou je
Vis est bien long, bien dur et souvent bien
Insupportable. Mon chagrin est trop
Gros. Accourrez bien vite et venez me le
Faire oublier. À vous je veux me sou-
Mettre entièrement.
Votre poupée
Alfred de musset :
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un cœur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots,
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.